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06.11.2014

L'Amour Fou

Je regarde cette nonne passer devant moi, Biggie grogne, c'est étonnant, elle ne respecte rien. Je regarde cette femme en gris, donc, et je me demande combien de fois elle a du regarder vers le ciel, si ses genoux ont la dureté de la pierre, à quel point ses mains se connaissent. Je me demande la vie sans sexe, je me consulte secrètement.

Qui vois-je ? Qu'y vois-je ? Il me semble immédiatement que cette pudeur portée à l’extrême, que ce renoncement programmé est un prétexte à l'amour fou, j'y vois une telle passion que soudain je me mets à pleurer, je tremble : est-ce là la Tranquillité, la paix de l'âme, enfin ? Se retirer pour revenir éternellement - pour Y revenir éternellement – et de plus en plus gonflé, plein d'une frénésie pour l'hypothèse qu'est la Sainteté, d'une croyance à toute épreuve. 

- Moi qui sanctifie le doute, moi que la croyance aveugle effraie, je vois ici, en cette femme vêtue de gris, tout aussi bonne que sœur, moi qui pense obsessionnellement pour ne pas basculer, je me retrouve ici face à l'Amour Fou.

Celui que j'éprouve pour ma chienne.

Celui qui consiste à poser les questions en cherchant déjà, en soi, la réponse.

Celui qui ne parle pas.

Celui qui compose, comble, nous compose, nous tisse en rhapsodies en d'éternelles variations – nous retouche et nous défait.

Celui qu'on porte au poème, à ce qui n'a pas de matière avant d'être achevé.

Et soudain je les vois ces genoux, ces yeux envahis de toutes les teintes du ciel, ces mains liées entre elles par un pacte secret. Et j'y vois se qui se cache entre les langues, j'y vois une œuvre poétique, comme d'entendre du français dans un texte en anglais, comme d'y pressentir un regard dans le regard, un épicentre du vide – le creuset d'où la création viendra, un jour de toute une vie.

 

Mais je n'ai pas la force de parier, tout juste déjà, celle de retenir ma chienne, et je reviens à mes pensées, et je me lève, et nous partons, et je tente, à tout prix, de savoir me contenir encore.

05.11.2014

411 (solo)

Ça y est ! mon premier solo rap est enfin sorti du four. Je pense que c'est une première étape, et l’expérience commence à me griser, mine de rien. Éloge du doute et egotrip littéraire. Enjoy.

 


 

 

19:48 Publié dans Rap | Lien permanent | Commentaires (0)

26.10.2014

Devenir rien je ne suis roi

Le mouvement de l'eau, là, devant moi délicat éclate comme un au-delà sans fonction, sans volonté et sans arrêt recommencé. La précision mouvante de l'élément eau m'arrache à mes tensions internes - me tire vers le haut - l'écume efface le fond des choses, la surface emporte tout, puis ramène sur la berge le sable mastiqué, la chair à nu du minéral et c'est la dissolution, c'est le corps qui ne pense plus, c'est la tranquillité.

- alors la mer entraîne avec elle l'appel des âmes érodées, c'est l’apaisement soudain, en pleurer de ne plus être, en avancer les mains vers le ciel en crier soudain au fond de soi: JE NE SUIS RIEN  - Savoir SOUDAIN que tout partira, en trembler de plaisir de savoir qu'à deux pas de la peau, le courant nettoie tout.

- savoir que la vérité n'est pas tout, et que l’œil est jaloux et n'avoue qu'à mi-voix les ombres qu'il a vu - savoir que le bonheur est un réflexe, et que l'on peut un jour en se baissant

devenir  roi.

Tirer satisfaction d'une indifférence rebelle, d'une attention sans objet et d'une âme incapable ; ne s'intéresser qu'à tout. Devenir écume. Surface. Miroir poli. Ne plus avoir à dire ce que l'on pense, avoir le courage du silence, le panache d'une absence d'opinion. Être le roi accroupi, le tyran masochiste, qui refuse de dire son nom, la fin du monde en se taisant,

- Continuer à courir le  fond de l'eau sans faire de bruit, à dévaler entre les berges de sa conscience sans jamais vouloir se jeter dans quoi que ce soit.

- Être mastiqué, se retirer de la terre pour la mordre ensuite, se retirer et mordre encore et prendre avec soi le rivage, pour le laver et revenir, toujours, toujours, vivre en ressac, en flottement, en reflet, en homme  sans fonction, sans volonté, et sans arrêt recommencé.

 

12:07 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0)